Potosí m’a miné

Pour notre première escale en Bolivie on a fait fort : Potosí et ses mines surexploitées.

Après l’enthousiasme de Villazon (expliquée par une trop grande absorption de maté, l’amour soudain et illimité d’un chien surnommé Diego qui traverse la frontière à nos côtés, et la gentillesse des gens, tous très intrigués par notre tricot), on débarque à 3h du matin dans cette ville coincée entre les montagnes.

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Ici, l’économie semble reposer sur l’exploitation minière ET sur le tourisme qui en découle. Étrange mécanique qui va se dérouler devant nos yeux pendant quelques jours : à Potosí, on vient de loin pour s’offrir quelques sensations fortes en descendant dans les mines afin d’observer les travailleurs se tuer à la tache (littéralement). Il paraît que certains y triment plus de 12h par jour, d’autres ont à peine 11 ans, et tous se défoncent la gueule à la coca et à l’alcool pur (offert gracieusement par les touristes qui descendent là-dedans en tour organisé, moyennant seulement 60Bs).

Blotties confortablement dans notre hostel, on décline systématiquement les invitations à nous joindre aux expéditions (deux par jour, juste pour notre auberge) mais on observe attentivement le ballet des touristes qui partent et qui viennent, on écoute les impressions de loin, et surtout on se questionne entre nous : « pourquoi les mineurs tolèrent-ils ce manège absurde, où va l’argent des tours, qui sont les guides, à quoi ça rime… ? ». Mais surtout : « est-ce qu’on est tellement bizarres qu’on est les seules à trouver ça déplacé ? ».

Finalement, on tente quand même l’ascension du Cerro Rico (où se trouvent les mines), histoire de savoir un peu de quoi il s’agit, ne pas se contenter des échos entendus par-ci par-là…

La seule traversée des quartiers où vivent les mineurs suffit à nous plonger dans un profond mal-être. On se sent voyeuses et illégitimes par le simple fait de nous promener dans le coin. Quand on longe la route qui mène à l’entrée de la mine, c’est pire : ordures, chiens errants et hommes-femmes qui piochent ou déplacent les gravats. Après nous être concertées quelques minutes, on abandonne.

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Suite à notre petite expérience, je me demande si l’attrait du tour dans les mines ne reposerait pas – en plus de la recherche d’adrénaline – sur un besoin de « surenchère de l’expérience voyage » : tout le monde décrit tellement le voyage comme quelque chose d’intense et d’enrichissant, qu’on rechercherait par tous les moyens l’expérience la plus décapante, innovante, trépidante, celle qu’on pourra raconter en société, sur un ton léger, pour prouver qu’on « a vécu », qu’on a vu « des choses dures », un vrai, quelqu’un à qui on ne l’a fait pas quoi…

Nous, on a esquivé le truc, on a joué aux lâches. C’est pas ce qui a fait bouger les conditions de travail des mineurs de Potosí, c’est sur, mais on se réconforte en se disant qu’on a pas non plus alimenté ce système économique super glauque.

L.

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One thought on “Potosí m’a miné

  1. Oh!! Ça me mine aussi, c’est franchement flippant cette résignation a la non vie. On peut donc formater n’importe qui a n’importe quoi? Je vous embrasse les courageuses et les trop(?) conscientes….

    Envoyé de mon iPhone

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